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Archéologies contemporaines
Pour enrichir le dialogue et créer des ponts avec la programmation colombienne, le Panorama propose depuis sa création une section parallèle latino-américaine, qui ouvre une fenêtre sur le cinéma des pays voisins. À travers des thématiques transversales, les trois films sélectionnés portent un regard sensible et critique sur des préoccupations à la fois intimes et publiques, locales et globales.
Intitulée Archéologies contemporaines, cette édition met en lumière un cinéma qui fouille dans les mémoires individuelles et collectives pour mieux comprendre les tensions du monde actuel. Face aux désastres du génocide en cours à Gaza et à la montée de l’extrême droite, il s’avère vital d’ouvrir grands les yeux sur le présent, et d’agir collectivement pour penser et construire un avenir commun. Pour cela, nous devons aussi regarder en arrière, fouiller dans des mémoires refoulées et creuser dans ses strates temporelles. Il est urgent de réactiver d’autres narrations, de déterrer ce qui a été caché ou oublié, de recomposer les fragments d’un temps disloqué pour contester les récits hégémoniques et imaginer des formes collectives de résistance.
Les trois films sélectionnés — Una sombra oscilante de Celeste Rojas Mugica (2024), Frío metal de Clemente Castor (2025) et Las ruinas nuevas (2024) de Manuel Embalse — proposent chacun à leur manière un geste de résistance poétique et politique, ramenant au centre la périphérie et les marges. Ils sondent les ruines du capitalisme, les silences de l’histoire, les effets persistants de la modernité extractiviste, et les mémoires personnelles enfouies. Leurs images incarnent un regard attentif porté sur les corps, les objets et le territoire; elles esquissent une contre-histoire sensible, faite de réminiscences et de spectres.
En tissant des liens entre l’intime et le géopolitique, l’épidermique et le géologique, ces films nous invitent à ralentir le regard, à écouter les traces, à toucher la matière. Ils composent une archéologie affective, où chaque plan devient un acte de mémoire, un possible point de départ pour réimaginer le monde et l’habiter autrement.