Las ruinas nuevas émerge comme un poème audiovisuel qui explore l’archéologie de notre quotidien, entre résidus technologiques, écrans éteints et déchets électroniques. Manuel Embalse fouille parmi ces détritus et découvre une mémoire fragmentée, parfois pixelisée, mais fondamentalement collective. Le film navigue dans les marges du technologique et de l’humain, et dénonce un capitalisme qui produit et dissémine des déchets sans scrupules. Les déchets électroniques, symptômes d’un capitalisme effréné, deviennent les ruines d’un présent en voie d’autodestruction. L’Argentine, comme tant de pays de la majorité mondiale[1]Majorité mondiale ou “global majority” est un terme collectif désignant les personnes d’origine africaine, asiatique, autochtone, latino-américaine ou mixte, qui constituent environ 85 % de … Continue reading, est le territoire où ces déchets, bien qu’ils passent souvent inaperçus, deviennent le paysage habituel.

Dans Las ruinas nuevas, les détritus électroniques deviennent un miroir qui reflète un présent marqué par l’obsolescence programmée. Dans un monde où les rythmes s’accélèrent et les cycles de vie des objets se raccourcissent vertigineusement, notre relation au passé est constamment remise en question. Et pourtant, Manuel Embalse trouve de la beauté dans ces résidus, de la lumière dans ce qui est jeté. Les archives, les sons et la musique composés par le réalisateur construisent une narration qui redonne du sens à ces fragments de notre mémoire récente. À travers ce geste, le réalisateur leur confère une signification, et nous montre que même ce qui a cessé d’être conservé a une valeur et une histoire qui méritent d’être rappelées. Las ruinas nuevas dépasse ainsi sa condition de documentaire pour s’installer dans une dimension à la fois méditative et politique. Il transforme les restes du présent en signes d’avertissement, et en même temps, en possibilités d’une mémoire collective.
Las ruinas nuevas est le deuxième long métrage de Manuel Embalse, après ¿Qué hago en este mundo visual ?, présenté en première au Documentary Fortnight du MoMA en 2024.
Laura Cárdenas Gómez