La cordillère des Andes défile devant nos yeux ; puis, nous replongeons dans le noir. Une voix masculine nous raconte le premier réflexe d’un clandestin : imaginer une histoire à fournir en cas d’arrestation. Cette voix est celle de Lucho, père de la réalisatrice et photographe dissident sous le régime d’Augusto Pinochet.
Dans une chambre noire, père et fille développent une série de photos, construisant un dialogue autour de l’archive sonore et visuelle. La narration se poursuit dans ce va-et-vient entre les interrogations de la réalisatrice et les silences de son père, dans cet espace où l’imagination et le réel convergent. La cordillère, elle, revient comme les ombres du passé.

L’acte d’imaginer devient central au long-métrage : il représente à la fois le travail de l’artiste et celui du clandestin. Il se transforme en outil pour réactualiser l’archive photographique. Cette opération dans l’espace visuel et narratif devient un acte politique ; elle permet de se réapproprier le passé. Le montage révèle une poétique visuelle presque fragmentaire, qui met en lumière la double mécanique de l’acte de révéler. À mesure que le film avance, l’acte de raconter le passé permet de le reconstruire, de le dévoiler et de le combler.
Entre l’ombre d’un passé omniprésent et la puissance du présent de narration, Una sombra oscilante fait parler l’archive, l’humanise, pour créer des avenirs possibles et un passé nouveau.
Celeste Rojas Mugica est une artiste visuelle, photographe et réalisatrice. Una sombra oscilante, son premier long-métrage, prolonge sa recherche sur la mémoire, la violence et l’imagination dans le contexte chilien. Le documentaire a reçu la Mention Spéciale du Jury au FIDMarseille 2024.
Florencia Cabral