Un duo mère-fils, une atmosphère entre tendresse et agressivité sur fond de trafic de drogue, et le choc : tous les ingrédients du drame sont réunis dans ce film qui pourtant, joue avec les attendus du spectateur.
Ce pourrait être l’histoire d’une triangulaire amoureuse, d’un Oedipe non cicatrisé, d’un drame familial. El Paraíso (Le Paradis) est tout cela à la fois mais prend son spectateur à revers pour le conduire loin des déductions faciles.
Un homme à la lisière de l’âge mûr vit avec sa mère, femme fantasque et dominatrice d’origine colombienne, dans une maison modeste de la banlieue de Rome. Tous deux vivotent aux crochets d’un trafiquant de drogue et partagent des soirées de salsa, passion commune où dès la première scène, le réalisateur Enrico Maria Artale campe l’ambiguïté de la relation mère-fils.
Lorsque survient le danger sous la forme d’une belle jeune femme, Inès, mule colombienne (interprétée par María del Rosario) qui échoue dans la maison avec ses ovules de drogue dans l’estomac, l’orage s’annonce, bien évidemment. La suite réserve des surprises où ni l’amour ni la haine, ni la perdition ne sont au rendez-vous attendu. Le type ordinaire et résigné à une vie sacrifiée que semble être le fils Julio César révèle, avec le jeu convaincant de l’acteur italien Edoardo Pesce, des ressorts imaginaires puissants, qui finissent par l’extraire de son apathie.
Un paradis hypothétique
C’est ainsi que soudainement, la Colombie, ce pays qui n’a laissé de trace apparente sur le duo mère-fils que la danse et un verbiage entre l’italien et l’espagnol, fait irruption dans le film. Cette mère, superbement interprétée par l’actrice colombienne Margarita Rosa de Francisco, détient seule la clé de ses origines. Et le fils devra, pour se délivrer de l’emprise obsessionnelle de sa mère, ou, qui sait, l’incorporer à jamais, connaître ce pays à la recherche d’un “paradis“ hypothétique. Avec ce nom symbolique, Enrico Maria Artale poursuit l’ambiguïté : le “paradis“ serait-il finalement là où on ne l’attend pas, dans ce pays des origines inconnu ? Est-il dans la nostalgie indélébile d’un amour filial, transposé dans la danse, comme le suggère la dernière image du film rythmée par la célèbre chanson de salsa “Madre” du musicien portoricain Ismael Miranda? Le spectateur est laissé juge.
Avec ce long métrage, présenté pour la première fois en 2023 dans la section Orizzonti de la 80ème Mostra de Venise, où il a remporté les prix du meilleur scénario et de la meilleure actrice pour Margarita Rosa de Francisco, Enrico Maria Artale poursuit une carrière de réalisateur de séries, de documentaires et de fictions. Il a réalisé en 2024 une adaptation du film de Jacques Audiard, Le Prophète (2009) dans une série noire qui fait revivre le personnage marseillais de Malik.