Entre lumière, parole et ombres, les souvenirs apparaissent. Lolita en Honda revient sur le passé familial à travers les mémoires de celles et ceux qui ont connu Lolita, de ce dont ils se souviennent, de ce qu’ils évitent ou ne peuvent plus nommer. Lolita apparaît comme une présence qui se reconstruit entre voix, corps et images, une femme traversée par les expériences de son enfance, ses blessures et ce que le temps n’a pas réussi à effacer.
Le film envisage la mémoire fragmentée comme un territoire de possibles. Là où le récit se brise, l’imagination devient une forme de reconstruction collective. Ce qui demeure inaccessible de l’enfance et de la souffrance trouve dans le cinéma un moyen de s’approcher de ce qui reste absent.
Le dispositif en 16 mm, visible dans sa matérialité, évoque la dimension construite du passé. L’image ne cherche pas à retrouver une vérité intacte, mais à ouvrir des possibilités sur ce qui aurait pu être. La caméra devient une fenêtre vers le souvenir, tandis que le son fait surgir les voix d’un passé absent.
Daniel Torres met son propre corps à la disposition du récit, s’impliquant dans une mémoire qui lui appartient également. Il devient ainsi une partie de l’histoire qu’il cherche à reconstruire et fait de Lolita une figure collective, présente dans celles et ceux qui se souviennent d’elle, l’imaginent et la racontent. La mémoire apparaît finalement comme un poème oublié : fragmentaire, incomplet, attendant d’être récité à nouveau.
Daniel Torres (Colombie, 1990) a étudié l’architecture à Cornell University. Sa pratique explore la mémoire, l’espace et la matérialité de l’image à travers des processus analogiques et expérimentaux.
(Laura CHARA)