Extrait de Muchedumbre de Felipe Rúgeles Pineda

MUCHEDUMBRE

UN FILM DE

Felipe Rúgeles Pineda

Colombie-Espagne | 2026 | 1h14

VOSTF | Projection en présence du réalisateur

Compétition Longs-Métrages

PACCPA14

17.10.2026

Samedi 17 octobre 2026 à 18h00

Cinéma Reflet Médicis

3 Rue Champollion, 75005 Paris

Il y a, depuis Doble Yo, premier long métrage de Felipe Rugeles, une intention d’explorer des images et des moments de l’histoire comme des lieux hantés par leur vécu.
Ce deuxième film vient radicaliser cette nécessité, en transgressant la fine ligne entre le documentaire et la mise en scène fictionnelle, pour essayer de répondre à une question essentielle : comment représenter un territoire à la mémoire condamnée par la violence de son passé, qui ne cesse de revenir ?

Le dispositif filmique nous propose la découverte de Jordán, un village colombien presque désert. Cette révélation est marquée par une douceur intime, contraire au passé qui hante ce même espace, celui des massacres de la guerre civile du milieu du XXe siècle en Colombie, communément appelée l’époque de La Violencia (« La Violence »). Les quelques habitants ne parlent pas, ou se contredisent dans leurs propos, avec des souvenirs inexacts ou à moitié oubliés. Les ruines semblent raconter beaucoup plus qu’eux.

Extrait de Muchedumbre de Felipe Rúgeles Pineda

Mais c’est à ce moment que Rugeles décide de faire appel à une deuxième mémoire, celle de plusieurs images inachevées, issues d’un film de fiction tourné sur ces mêmes lieux en 2003 par Javier Gutiérrez. Il s’agit du film Regreso a la Nada (traduit par « Retour au néant »), un film jamais monté, jamais montré. Ce dispositif, totalement opposé à celui de Rugeles, vient dialoguer avec les silences des prises de vue initiales grâce à des scènes théâtrales où la violence est surjouée, donnant à la mémoire collective une connotation fictionnelle.

Le dialogue entre les différentes temporalités du film impose un frottement assez radical en matière de forme et mise en scène filmique au spectateur. L’idée même du frottement poreux est en soi la thèse de cette œuvre filmique.

Extrait de Muchedumbre de Felipe Rúgeles Pineda

 Cette construction circulaire donne forme à une intuition essentielle : le film ne prétend pas résoudre cette histoire ; il accepte que son propre échec à la raconter de manière linéaire fasse partie de son sens.

Il est donc certain que la réponse à la question à la question centrale du film se révélera d’un caractère circulaire plutôt que linéaire : comprendre l’espace contemporain de la Colombie par les traces laissées, d’une manière ou d’une autre, par un passé hanté par le conflit. De cette manière, Muchedumbre réussit un exorcisme inachevé, symbole de force et non de faiblesse, un véritable questionnement du regard de la mémoire collective.

(Daniel GOMEZ)