Brigitte Baptiste — biologiste, figure publique et penseuse de l'écologie queer — est un personnage puissant et caméléonesque, aux extrémités lumineuses et sombres. Voix influente et parfois controversée du débat environnemental colombien, elle a fait de la mutation son état naturel.
Brigitte, Planeta B épouse ce mouvement : un film en pelure d'oignon, des couches et des surcouches vers l'intérieur autant que vers l'extérieur — à l'image de cette femme trans qui change de peau sans regret pour ce qu'elle laisse derrière elle —, du noyau familial à la sphère académique, de la grande ville à la jungle. Le film s'ouvre dans un train, où Brigitte et ses filles s'interrogent sur ce qui est « naturel », glissant du monde animal à la question du genre, puis à celle de la transidentité. Le montage pense comme elle : par bonds intempestifs, mais toujours en reliant tout à tout.
Disons-le : le film a divisé notre équipe. Sa facture flirte parfois avec les codes télévisuels. Quant à la séquence sous yagé (un breuvage hallucinogène), dans une communauté indienne qu'elle a côtoyée comme chercheuse avant sa transition, elle a divisé les enthousiastes des sceptiques : s'y nouent la perte d'une sœur et le pagamento, cette dette envers la terre. Pourtant, nous avons défendu ce film : un panorama n'est pas la vitrine d'un seul cinéma, mais d’une diversité de formes et de récits, sans rien céder sur l'exigence.
(Sébastien CORAL)