Dans Kanelakon, Sara J. Asprilla suit la jeune trans Teyo qui se prépare à entrer dans une école de filles. De sa maison jusqu’à la ville de Quibdó, le trajet devient une expérience sensorielle où le paysage tout comme la musique ou les regards font monter la tension entre l’intimité protectrice du foyer et l’exposition au monde extérieur.
Le film puise sa force particulière dans le contraste entre ces deux espaces. À la maison, entourée de sa mère et de sa soeur, Teyo grandit dans un univers de femmes où elle est reconnue comme telle. Les gestes tendres quotidiens, et notamment le moment de la coiffure, enracinent sa féminité dans une filiation affective et culturelle. De cette façon, le kanekalon, fibre utilisée pour tresser les cheveux, acquiert une dimension symbolique qui mêle identité afro-colombienne, appartenance au groupe et genre.
Le voyage en barque et l’arrivée en ville déplacent progressivement ce regard intime vers d’autres regards bien moins protecteurs. La mise en scène pénétrée par le paysage et la musicalité de Quibdó construit un récit sensible sur l’identité, la famille, et sur l’acceptation, sans jamais réduire Teyo à sa condition de jeune trans.
Sara J. Asprilla explore dans son travail les relations entre identité culturelle, genre et territoire. Kanekalon a été présenté au Festival international du film de Carthagène (FICCI) de Carthagène en 2025.
(LUCY HUG)