Après So Much Tenderness (PACCPA #11), Mis dos voces (PACCPA #10) et Aquí y allá (PACCPA #8), Lina Rodríguez, cinéaste colombienne de la diaspora installée de longue date au Canada, revient cette année au Panorama avec Puntos de fuga.
La réalisatrice construit son film en croisant sa propre vie avec celle de sa mère, et en mêlant les souvenirs de cette dernière à l'histoire contemporaine de la Colombie : la violence qui traverse le pays, la tragédie d'Armero — ville rayée de la carte par l'éruption du Nevado del Ruiz en 1985 — et des réminiscences familiales plus anciennes.
Ce qui frappe d'abord, c'est le titre : les « points de fuite » sont précisément ceux qui échappent à tout ordonnancement. Ce va-et-vient entre l'intime et l'historique sur deux générations emporte les spectateurs. À travers la figure maternelle, la réalisatrice semble trouver un refuge où déposer son désarroi identitaire.
Avec délicatesse mais aussi une brusquerie assumée, Rodríguez travaille par moments l'image en décalage avec ce que racontent les souvenirs. L'alternance des formats — pellicule Super 8, vidéo Hi8, numérique — et la conception sonore achèvent de déstabiliser le récit. La rupture narrative et le travail de la texture cinématographique sont une tendance que l’on retrouve chez d'autres cinéastes de cette édition 2026 du PACCPA #14.
(Sébastien CORAL)