Avec Relicto, Guillermo Quintero vient compléter sa quête du réel par le cinéma. Sa méthode ne s’établit pas autour de données immédiates, mais plutôt comme une recherche du regard. Cette quête, initiée dans Homo Botanicus (2018) puis Rio Rojo (2023), la méthode semble être quasi scientifique, mais très vite, le récit s’éloigne de la promesse d’une résolution simple, jusqu’aux dernières traces avant la disparition et l’absence que propose ici Relicto.
Le réalisateur prend comme point de départ un récit d’enquête : retrouver Sixto Muñoz, le dernier Amérindien appartenant au peuple Tinigua exterminé par le paramilitaire Hernando Palma dans la région de la Serranía de la Macarena (au centre de la Colombie), pendant la période de La Violencia (La Violence), au milieu du vingtième siècle.
La méthode semble être quasi scientifique, avec un carnet de suivi accompagné par la voix off du metteur en scène, plusieurs adresses notées sur une carte de la région et quelques endroits à privilégier grâce à l’étude d’un récit écrit racontant une rencontre avec Sixto. Mais très vite, le récit s’éloigne de la promesse d’une résolution simple et se voit frappé par un espace rempli de contradictions, de témoignages qui datent, de constats qui se contredisent et de certitudes qui s’effacent. Il est question, à ce stade, de s’abandonner à une autre possibilité de la vérité, peuplée de mémoires incomplètes, d’une violence historique et de présences qui échappent à la vue.
Quintero poursuit, à ce stade, un geste différent : filmer cette jungle dans son opacité, avec des sons, des silences et des mouvements difficilement perceptibles. Cette Amazonie apparaît alors comme un large réservoir de traces ; celles qui l’habitent de manière individuelle ou collective continuent à circuler après la disparition des entités qui les ont portées.
Cette immersion conradienne au cœur des ténèbres amazoniennes interroge, par ce dispositif filmique, ce qui habite un lieu lorsque les corps, les langues ou le récit semblent être effacés. Le personnage de Sixto, ou l’idée même de lui, incarne une quête de la sensibilité de la mémoire au-delà de celle que nous sommes habitués à expérimenter.
(Daniel GOMEZ)
Festivals :
- Cinéma du Réel 2026. Prix Clarens du documentaire humaniste
- Cinélatino Toulouse, France. Mention spéciale.
- Festival de cine de Lima.
- Festival de cine de Douarnenez
- Festival internacional de cine documental EDOC, Quito
- Panorama du Cinéma Colombien de Paris PACCPA 14 (2026)
- Muestra internacional de cine de Bogotá MIDBO.