Il est question ici de rupture. De ce qui vient après l’amour : la solitude. Daniel Felipe Jiménez trace un récit sentimental mené par l’expérience de la perception. Nous sommes subjugués par les traces presque imperceptibles des corps, des regards et des lieux d’un ancien amour qui a fait naufrage.
On rencontre Dario, qui retrouve Ela, son ancienne amoureuse. Ils passent un après-midi à deux sous la forme de retrouvailles innocentes et passent, à la suite de cela, également la nuit ensemble. Mais, tout comme le titre, il y a entre eux un amour en plastique, qui ne ressurgit pas et entraîne son personnage principal dans une descente dans les excès, jusqu’au point d’éclosion face à une autre femme rencontrée lors d’une soirée.
Le dispositif filmique l’avait prédit, avec une pellicule aussi saccagée que les prises de vue instables, telles des souvenirs dans un esprit fragmenté, celui de Dario, qui n’arrive pas à oublier Ela. Le passé est donc dépeint comme irréversible, la promesse devient mémoire, et la douleur, tout comme la teinture rouge, devient totale.
Il y a tout de même une délicatesse dans cette détresse. Une attention particulière portée aux textures, aux visages, aux lumières de la nuit. Tout est aussi fragile que les émotions et peut se fragmenter au moindre faux geste.
Ce cinéma intime, mais poreux, laisse également place aux silences, qui parlent dans l’esprit du personnage en souffrance ; lui ne parle qu’à Ela. On y retrouve la prouesse de Jimenez à choisir et diriger ses comédiens, qui dansent avec élégance au rythme imposé selon les différents moments de Dario. Il en est de même pour la ville, espace urbain saccagé, aussi fragile que les cœurs de ses personnages, une Bogotá mélancolique qui observe cette relation disparue en elle-même ; elle est obligée de faire habiter également sa rupture.
Plastico est donc une affirmation sensorielle pour accueillir la solitude et la douleur après l’amour. Ça peut faire mal, mais sans cela, comment savoir s’il s’agissait vraiment d’un amour réel ou en plastique ?
(Daniel GOMEZ)