Sur une île du sud du Chili, Silvia récolte des algues et mène avec Mario une vie sans grand relief. Elle recueille une petite chienne errante, Yuri, et cette arrivée réveille une tendresse et un désir d’enfant qu’elle avait enfouis. La soudaine disparition de Yuri ramène un souvenir d’enfance que Silvia n’a jamais pu effacer.
Adapté du roman de la Colombienne Pilar Quintana, le film ne transpose pas le livre : il se l’approprie et quitte la jungle du Pacifique colombien pour une île du bout du monde, faite de falaises, de vent et d’océan. C’est la première fois que Dominga Sotomayor ne part pas de son propre vécu : elle s’est permis, dit-elle, d’inventer une femme et une île qu’elle ne connaissait pas, et cette liberté lui a permis d’aller plus loin dans l’obscurité. Le paysage n’est jamais un simple décor : austère, indifférent, incontrôlable, il devient un personnage.
Sotomayor emploie pour la première fois le flash-back, non comme une explication mais comme un film parallèle : l’enfance de Silvia sur cette même île, une perte qui annonce toutes les autres. Ce second récit répond au premier comme un miroir, et les reflets que travaille la photographie de Simone D’Arcangelo reviennent tout au long du film pour faire surgir ses fantômes. L’ensemble a quelque chose de presque psychanalytique.
La chienne, elle, n’est pas un symbole : Yuri n’est pas là pour comprendre Silvia, c’est l’autre personnage, celle à qui les choses arrivent. En deuil d’une maternité qui n’a jamais eu lieu, Silvia tente d’apprivoiser ce qui ne peut l’être, et l’amour vire à l’hostilité, le soin à l’obsession. Le tournage lui-même laisse place au hasard — le vent, la falaise, la chienne qui s’échappe — quand son personnage, lui, veut tout tenir.
(SEBASTIEN CORAL POULIQUEN)