Dans le calme d’un village de terres chaudes, Pacho s’immisce dans les particules d’une photographie pour entreprendre un voyage intérieur. Son vaisseau traverse les points blancs de l’image argentique, qui se transforment en un espace rempli d’étoiles solitaires qui, comme Pacho, naviguent dans l’immensité nocturne et éternelle. Nous voyons son corps errer dans le petit village de Honda, tandis que son rêve aspire à Anserma, son village natal, où il n’a pas pu retourner.
La voix du protagoniste résonne dans un vaste espace théâtral sans public. L’insistance des questions se perd dans le silence et se confronte à la terreur de l’existence. Canela Reyes, César Jaimes et toute l’équipe réalisent et écrivent cette œuvre collectivement, bien que le film nous conduise vers une solitude profonde et fascinante.
La liberté de la production s’appuie sur une exploration plastique qui joue avec une lumière expressionniste, le son rouillé et précis du passé et la mélancolie du protagoniste. La musique électroacoustique de Jacqueline Nova et la mélodie, comme une lamentation du musicien Jaime Llano González, nous entraînent dans un vide spatial où se dessine l’âme brisée et tendre de Pacho.
Les fragments des fantômes immortalisés dans cette photographie emblématique de La Violencia semblent être les seuls regards capables de remarquer le passage de Pacho dans ce village. Mais ni les traces de l’écho de sa voix, ni son ombre, ni son reflet dans l’eau, ni les âmes, ni les yeux…
(Carla MELO)