« Il n'y a pas de rivière qui ne soit ton sang, ni de forêt qui ne vive dans tes entrailles. »En 1990, trois leaders arhuacos de la Sierra Nevada de Santa Marta — Napoleón Torres, Ángel María Torres et Huges Chaparro — sont enlevés et assassinés ; leurs corps seront retrouvés torturés.
Plus de trente ans après, leurs paroles demeurent vivantes tandis que leurs familles et leur peuple attendent encore la vérité. Marta Rodríguez les avait connus dans les luttes agraires des années 1970, et filmés. Avec Fernando Restrepo, elle rouvre cinquante ans d'archives, de 1974 à 2024 : 16 mm noir et blanc, bandes son, Hi8, MiniDV, numérique — entre autres.
« Étudier à l'école d'État ne te servira qu'à une chose : apprendre à exprimer tes revendications », disait Napoleón Torres à son fils.
Le film fait de cette transmission son principe même. À travers des témoignages marqués par la douleur émerge une sagesse ancestrale où le territoire est un être vivant, où la femme est la tisseuse du savoir, et où la parole constitue le fil qui soutient l'existence du peuple arhuaco.
Fait nouveau dans la filmographie des peuples de la Sierra, les femmes y occupent enfin le premier plan : Leonor Zalabata, Mercedes Torres et Ati Zeynara portent avec éclat une réflexion sur le leadership, le genre et la responsabilité de tisser le « fil de la vie » pour les nouvelles générations.
Pionnière du Nouveau Cinéma latino-américain, Marta Rodríguez, née en 1933, est une compagne de route du Chien qui aboie : nous avons programmé plusieurs de ses films et accompagné ses rétrospectives au Forum des images et à la BPI-Centre Pompidou.
(Sébastien CORAL)