Dans son premier court-métrage, Rodrigo Rodríguez, jeune cinéaste colombien installé à Madrid, parvient à capter un sentiment très familier pour celles et ceux qui, pour diverses raisons, vivent loin de leur “chez nous”: le désir d’être à un endroit mais d’en désirer profondément un autre. Les 11 minutes du film nous plongent dans le quotidien d’une mère et grand-mère migrante vénézuélienne en Espagne, à qui la bureaucratie des frontières empêche de rendre visite aux siens à Noël. Le personnage, profondément touchant et contenu, est porté par un montage précis et une photographie minimaliste mais soignée. Elle évolue dans un espace quotidien où, malgré les obstacles, elle parvient à se mouvoir avec dignité et mélancolie.
Faire du cinéma depuis la diaspora, un pari qui constitue la colonne vertébrale du PACCPA, apparaît ici comme une tentative profonde de reconnexion, malgré le temps et la matière qui nous éloignent.
Dans cette tentative de retrouver les sons, les odeurs et ces paysages qui, sous forme de souvenirs lointains, nous échappent inévitablement, seuls peut-être un “tube dansant” et la mélancolie de ces machines volantes capables de nous transporter peuvent momentanément apaiser la morsure de la nostalgie.
Manuel Romero