Pendant plus de dix ans, Clarisa Navas accompagne son protagoniste, un jeune homme surnommé le prince de Nanawa, de son enfance à l’âge adulte. Elle le fait dans une géographie frontalière, cette zone poreuse entre l’Argentine et le Paraguay où l’identité n’est pas un acquis, mais une construction négociée jour après jour.

Le film oscille entre autofiction, fiction et réel. Dans cette transition, l’œuvre trouve une forme et une éthique qui désarment le récit classique en choisissant de décaler son regard vers ce lieu où le cinéma cesse d’être un dispositif de contrôle pour devenir un espace d’écoute et de présence.
On voit le prince de Nanawa, dont la présence incarne non seulement une énergie vitale, mais aussi une résistance silencieuse face au déterminisme social qui l’entoure. Le film suit, avec attention et justesse, un processus de transformation personnelle et la perte inévitable de l’innocence : des éléments qui se configurent comme le cœur dramatique du récit, en résonance avec la jeunesse latino-américaine.

Avec cette œuvre, son troisième long métrage et lauréat du Grand Prix de la 56ᵉ édition de Visions du Réel, Clarisa Navas s’affirme comme l’une des cinéastes argentines les plus prometteuses de sa génération.
Bíbata Uribe