Dans Akababuru: Expresión de asombro, (expression d’étonnement), Irati Dojura Landa Yagarí s’empare de la mythologie du peuple amérindien emberá chamí pour interroger la manière dont les contes transmis de génération en génération peuvent perpétuer – mais aussi contester – les normes imposées aux femmes. Kari, une fillette qui craint de rire et se couvre la bouche si le rire la surprend, écoute Kera lui raconter l’histoire de Kiraparamia, qui selon la tradition a été punie pour s’être moquée de son mari. Mais la jeune fille propose une autre lecture : et si ce rire avait été un acte de libération bien plus que la cause d’une punition ?
Le film déroule cette réinterprétation par le biais d’un langage visuel hybride qui mêle fiction, animation et stop motion recourant à des perles (chaquiras), intégrant à l’image des formes et des matières issues de la culture emberá chamí. Le rire se transforme ainsi en un langage cinématographique et politique : de geste interdit, il devient force synonyme de résistance, de sororité et d’affirmation de soi.
Irati Dojura, réalisatrice emberá chamí originaire de la réserve indienne de Karmata Rúa dans le département d’Antioquia, signe ici son premier court-métrage. Il a reçu une mention spéciale du jury international au programme Generation Kplus de la Berlinale 2025.
(LUCY HUG)