Camilo Restrepo et Jorge Caballero, cinéastes colombiens installés en Europe, partagent une même obsession : interroger, par le cinéma, les fractures de l’histoire colombienne. 09/05/1982 marque leur première collaboration.
Le film se présente comme une œuvre détériorée, prétendument tournée en 1982 dans un pays latino-américain non identifié, qui documente des événements violents survenus le 9 mai de cette année-là. Pourtant, l’apparence anodine et le matériel filmique suscitent rapidement le doute : tout cela ne colle pas. Ce soupçon devient moteur narratif, s’intensifie et entraîne le spectateur dans une zone d’incertitude.

09/05/1982 est un essai audiovisuel construit à partir d’outils d’intelligence artificielle. Camilo Restrepo et Jorge Caballero ne cherchent pas à dissimuler cette dimension technologique, mais au contraire à la mettre en lumière : ils embrassent l’artifice, en font à la fois le sujet et la forme de leur œuvre. Le film trace, avec lucidité et un sens du jeu assumé, une ligne qui relie les frères Lumière à Georges Méliès, jusqu’aux dilemmes éthiques posés par le deepfake. Plus qu’un piège visuel, il s’agit d’une leçon sur le soupçon : un essai critique sur la représentation, la mémoire et la manipulation.
Le film a été présenté au FICUNAM dans le programme du commissariat de cinéma d’avant-garde, puis en première internationale au FIDMarseille 2025.
Bíbata Uribe