Natalia et Juranny se retrouvent sur le cerro Pan de Azúcar, à « Mororrico », en périphérie de Bucaramanga, pour griller une cigarette et fumer des joints. Alors qu’elles contemplent leur ville depuis les hauteurs, Natalia rappelle qu’à Bucaramanga — capitale régionale de 600 000 habitants du département de Santander — il fait très chaud, qu’il n’y a ni mer ni plage et surtout rien à faire… Bref, « l’après-midi, on a juste envie de crever ».
Face à ce constat désolant, une passion lie tout de même Natalia, Nanis, Juranny, Deissy et Karen : le football, et plus particulièrement leur soutien à l’Atlético Bucaramanga en tant que «barras bravas», la version sud-américaine des supporters ultras. Le vague à l’âme les quitte alors et le film prend alors une tournure de road movie. Ces jeunes femmes, perchées dangereusement en guerrières sur les toits de camions de transport de marchandises, sillonnent les routes colombiennes.
À la narration linéaire se juxtapose une prise de vue à la caméra portée, très dynamique, ainsi que des scènes alternant plans très serrés et plans extrêmement larges, filmés en perspective avec des objectifs grand-angle.
Les jeunes femmes mettent tout en œuvre, avec des moyens modestes, pour être présentes au stade, au plus près de leurs joueurs. Tous les moyens sont bons pour y accéder — avec ou sans billet;
Derrière cette ferveur et les péripéties qui l’accompagnent se cache une autre lutte : celle qui consiste à trouver sa place dans un milieu machiste et patriarcal, qui refuse d’en accorder une véritable aux groupes féminins de barristas et leur interdit notamment l’accès au pouvoir. La gestion financière et la tenue des drapeaux restent réservées aux hommes : « cosas de hombres ».
Les « bravas » se soutiennent entre elles, dans un véritable esprit de sororité. Au cours d’un trajet, elles font une pause au bord d’une rivière. Le film entre alors dans un registre plus calme, plus posé, moins trépidant, mais aussi plus intime et contemplatif. Les jeunes femmes échangent sur leur vie et sur les difficultés qu’elles rencontrent en dehors de leur rêve footballistique.
Mais ce n’est qu’une pause : l’aventure reprend. De retour à Bucaramanga, le spectateur revient sur terre avec les protagonistes. Natalia se bat pour revoir sa fille, qui vit sous le toit de son ex-compagnon. Ils se sont rencontrés dans un collectif de barras bravas …
Pour Nanis, c’est le monopole des hommes barristas qui la révolte.
Le film ne pouvait se clore autrement que par un magnifique match de finale de la Coupe nationale des champions, débordant d’énergie féminine, de battements de cœur, de trompettes et de tambours ! « Las Santandereanas siempre arrogantes ! »
Avec ce premier film, Diana Ojeda réalise une œuvre marquante. Le film est sorti en salles en Colombie le 6 août 2026.
(Sébastien CORAL)