9e édition

PARIS, 7-11 OCT 2021

Cinémas REFLET MÉDICIS et L'ARLEQUIN

ÉDITO

L’univers auquel nous convie cette année l’artiste colombienne Soma Difusa, celui du marché populaire sud-américain, ancre résolument cette 9e édition du Panorama du Cinéma colombien de Paris dans un paysage mouvementé, polyphonique et multisensoriel.

Cet espace du marché, si caractéristique des cultures latino-américaines, constitue un haut lieu de rencontres, où se croisent diverses cultures et où se cristallise une sorte de syncrétisme entre traditions ancestrales et occidentales. S’y côtoient aliments, artisanats folkloriques, mais aussi iconographies et objets propres aux religions judéo-chrétiennes, indiennes et africaines et aux superstitions locales. Il n’est ainsi pas rare de trouver dans ce dédale d’odeurs, de couleurs et de textures un autel catholique près d’un yerbatero vendant des plantes médicinales, symbolisant ainsi cette hybridation des croyances et des traditions. La superstition, la religion et la médecine naturelle y deviennent alors souvent des instruments de guérison.

À l’instar de ces marchés, l’image en Amérique Latine est syncrétique et baroque. Notre programmation s’insère dans cet univers des marchés populaires, témoignant à travers une pluralité de regards d’une envie de croisements identitaires et culturels. Les films choisis cette année sont avant tout inscrits dans les bruits et les pulsations du monde, à leur écoute, et s’apparentent à ces mélanges naturels et alchimiques des yerbateros, se faisant témoins d’une pluralité culturelle mais aussi d’une volonté de créer du sens. Témoins et conteurs, ces films sont aussi acteurs du monde qui les entoure et proposent des visions subjectives et subversives. Que ce soit pour explorer les strates fossilisées du temps historique en créant de nouvelles matérialités (Bicentenario, 84, El renacer del Carare), pour suivre les traces de disparus (Los vivos y los muertos, La pérdida de algo de sentido, Superficies) ou encore pour déchiffrer des façons d’être au monde (Alvaro, Cindyrella, En lugar de irnos), nos films suggèrent tous de créer un véritable regard par le cinéma.

Ces créations présentent ainsi une myriade de formats, fruit de l’influence de plus en plus importante d’une génération émergente de cinéastes désireux de renouveler les formes, qui se traduit cette année par une grande présence de courts-métrages. Leurs œuvres interrogent de nouveaux paradigmes esthétiques et explorent des narrations hybrides, attestant de la volonté d’un retour urgent à la matière, au corps et au territoire. Cette génération de cinéastes, dont beaucoup font partie de la diaspora colombienne en Amérique latine, mais aussi en Europe et en Amérique du Nord, questionne la place de la création cinématographique dans le panorama actuel colombien.

Notre programmation reflète notre envie de montrer ces nouvelles formes de récit sur les enjeux politiques et sociaux en Colombie. La Section Parallèle, faite d’une sélection de quatre oeuvres latino-américaines, a été conçue en relation directe avec la programmation centrale, créant ainsi des ponts et des résonances entre les différents oeuvres qui affirment que le cinéma est un espace où se rencontrent une multitude de géographies communiquant entre elles. Cette section sera ainsi marquée par ces enjeux actuels, et les mouvements et luttes que ceux-ci soulèvent, souvent portés par l’élan de la jeunesse.

Voici donc 40 films en sélection : 

8 longs-métrages et 15 courts-métrages en compétition,

3 longs-métrages et 1 court-métrage dans la Section Parallèle latino-américaine,

8 courts-métrages dans la Section Jeune public “Petit Chiot”,

5 œuvres de réalité virtuelle dans la Section “Esquina VR”.

COMPÉTITION LONGS-MÉTRAGES

SECTION PARALLÈLE LATINO-AMÈRICAINE

SOULÈVEMENTS INTIMES - LUTTES COLLECTIVES

Cette année, le focus de la Section Parallèle du Panorama, qui est dédiée aux cinématographies latino-américaines, est centré sur une thématique intitulée “Soulèvements intimes – Luttes collectives”. Notre programme est composé de quatre films réalisés par des femmes. Ils attestent de l’énorme nécessité que nous avons de raconter et de créer des narrations parallèles sur notre territoire à travers le langage cinématographique.

Nous considérons que le cinéma est un terrain de luttes, une géographie singulière où circulent des forces et des tensions qui parlent du monde. Pour rendre compte de ces mouvements internes propres à notre cinématographie locale, il s’avère nécessaire de faire dialoguer les films de notre sélection officielle avec le reste de la production en Amérique latine. Cette section parallèle tisse des liens avec les films de la sélection officielle, et permet de créer une architecture plus vaste des flux et des correspondances entre les différentes œuvres, une cartographie qui rende compte des préoccupations communes dans la création artistique latino-américaine. 

Les films sélectionnés portent un regard acéré sur des thématiques actuelles, partant d’une réflexion subversive sur les questions du corps, de la matérialité, de l’identité et du territoire. Cette section parle aussi de la création cinématographique par des femmes en Amérique Latine, et pose des jalons déterminants pour comprendre qu’être une femme réalisatrice est un acte purement politique. La Section Parallèle propose un éventail de films aux traitements formels, thématiques et narratifs différents qui affirment avec force et véhémence une manière d’être au monde. Avec cette sélection, nous voulons aussi mettre en valeur le récit intime comme un puissant vecteur pour mener des combats collectifs. Partir de soi, du vécu et de l’expérience, passer du privé au public pour construire une lutte commune.

COMPÉTITION COURTS-MÉTRAGES