4 HISTOIRES SUR LE CONFLIT ARMÉ EN COLOMBIE

Raconter c’est se revendiquer par la mémoire

Un article de Nubia Rodriguez Gomez

le 15/10/2018

9 DISPAROS de Jorge GIRALDO

Le 6ème Panorama du Cinéma Colombien de 2018 présente quatre productions qui relatent l’une des réalités les plus fortes et les plus douloureuses du pays : le conflit armé.

Ces mémoires nationales nous permettent d’explorer des mondes inconnus au sein de notre propre planète à travers les témoignages émouvants des différents personnages : les réfugiés,  les militaires, les paysans et les propriétaires terriens. Cette programmation traitant de revendications sur les sujets sociaux subalternes, invisibles ou stigmatisés, vise à mettre en lumière les histoires des victimes et le quotidien détruit par la guerre.

Pourquoi parler du conflit au cinéma

Le cinéma est très certainement un outil important pour souligner les traces tragiques de la guerre. À travers celui-ci, nous pouvons entreprendre une approche autour de la violence qui s’est introduite en Colombie ; un pays constamment tourmenté par l’oubli de ses habitants vivant au milieu d’une confrontation entre les forces de l’État et les différents groupes organisés en marge de la société.

CIRO Y YO de Miguel Salazar

Le conflit armé en Colombie dure depuis plus de 50 ans et malgré le fait que son récit continue d’être très présent dans différents domaines artistiques, notamment dans le septième art national, certains spécialistes considèrent que le cinéma colombien a des dettes pour raconter sa réalité.

Le critique de cinéma Oswaldo Osorio affirme qu’il y a peu de films en Colombie qui traitent du conflit armé. Selon lui, environ 230 films ont été produits au XXIe siècle, parmi lesquels à peine vingt pour cent seraient en lien avec la thématique de la guerre. La majeure partie de la production colombienne, ajoute-t-il, concerne la consommation, ces thèmes qui ont du succès commercial : « des films de divertissement ».

En ce qui concerne les conflits, ajoute le critique, il faut des réalisateurs engagés envers la réalité, et ils sont peu nombreux. De plus en plus de gens veulent faire des films industriels.

Sans aucun doute, le miroir du conflit armé nous montre une image que nous n’aimons pas en tant que nation, par conséquent, nous l’ignorons. Mais les conflits ne peuvent pas être considérés comme quelque chose d’étranger pour chacun d’entre nous. Les histoires construisent la mémoire, celle-ci est importante pour comprendre le présent, pour être capable de réfléchir et  pour  prendre conscience de nos expériences collectives.

Resistencia en paz
RESISTENCIA EN PAZ de Edison SANCHEZ

Reconstruire les mémoires : dans les quatre productions, on retrouve une reconstruction d’événements réels liés au conflit armé tels que : l’incorporation de la population civile dans les forces armées, les massacres, les détentions, les cessez-le-feu, etc. Tous sont racontés à travers les expériences personnelles des protagonistes et coïncident avec une structure de tragédie dans laquelle on nous présente un problème sans solution ou sans fin. Ces structures tragiques, circulaires et sans issue offrent une reconstitution pessimiste des faits du conflit, dont les racines historiques sont marquées par les actes de violence.

Ainsi, ces histoires montrent de quelle façon la population civile a été affligée par le comportement atroce des multiples acteurs armés du conflit. De plus, elles démontrent l’absence évidente et la faiblesse de l’État colombien en ce qui concerne la gestion endémique, instaurée depuis tant d’années sans jamais pour autant être parvenu à s’en extirper.

La Ultima Trinchera de Ramon Campos Iriarte
LA ULTIMA TRINCHERA DE Ramon CAMPOS IRIARTE

Le conflit armé à l’écran provoque un impact visuel et auditif important qui permet d’être un témoignage précieux d’enseignement sur les ravages causés par la violence durant ces dernières décennies. Il est donc essentiel de continuer à exposer les réalités du pays d’un point de vue cinématographique, qu’il fait de lui-même. Il est important de souligner l’intention et la nécessité de continuer à raconter ces réalités du conflit, qui demeurent souvent dans l’anonymat, étant donné qu’elles nous permettent d’aborder et d’analyser ce qui s’est passé dans le pays. Et d’autant plus lorsqu’on sait que nous vivons dans une période permanente d’après-guerre.

Nubia RODRIGUEZ GOMEZ